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INTERVIEW - Yann LE BARAILLEC Grand patron du Motocultor et du Re-Animator





Bonjour Yann,

Je suis Chloé pour BGP MUSIC LIVE.

Interview du patron du MOTOCULTOR et RE ANIMATOR
Yann LE BARAILLEC

Le Motocultor a quoi, 17 ans d’existence maintenant ? Comment est-ce que tu as vu l’industrie du live et du Metal évoluer, depuis tout ce temps ?

Yann : Depuis, les conditions ne sont pas les mêmes. J'avoue que, comme j'ai nez dans le guidon, dans l'orga du truc, je regarde pas trop les évolutions, je vois par contre, comme on organise un autre évènement avec beaucoup de petits groupes, je m'aperçois qu'il y a beaucoup plus de groupes amateurs ou émergents et qu’ils ont monté en qualité. Dans le Grand Ouest en tout cas, mais c’est sûrement le cas ailleurs aussi. Quand on a fait la promo du Re-Animator, on a eu énormément de demandes. Même lorsqu’on organisait des tremplins, on n’en avait pas eu autant. On n’a pas pu prendre tout le monde mais on a déjà des idées pour l’année prochaine.


Alors pourquoi avoir voulu lancer ce petit festival justement? 

Yann : On a dû déménager le Motocultor car un évènement de cette taille n'était plus possible suite aux décisions de la mairie de Saint-Nolff. Une partie de l’équipe et moi habitons la ville ou les alentours. En déménageant à Carhaix, on était un peu déçu de ne plus rien faire à Saint-Nolff. C'est dommage, on a du réseau ici : les entreprises, les partenaires associatifs. On connait plein de gens et c'est dommage. On a donc trouver une solution pour refaire un évènement près de chez nous.


La mairie a autorisé le Re-Animator alors qu’elle s’était opposée au Motocultor ?

Yann : Il n'y a pas eu besoin de demander l'autorisation car il aura lieu sur un terrain privé. On fait ça dans les règles comme n'importe quelle fête en France.


Il y avait pas de il y a pas de tension entre les habitants ?

Yann : Au contraire, les gens aimaient le Motocultor. Ils sont contents de voir qu’on essaie d’y faire autre chose. Je pense que certains ont été un peu déçus que cela se déplace à Carhaix mais dans l’ensemble, ils en ont compris les raisons.


On parlait du déménagement, un peu plus tôt. Qu'est-ce que ça a changé, d’un point de vue organisationnel ?

Yann : Tout d’abord, ça nous a permis de maintenir le festival sur quatre jours.


"Aujourd'hui c'est une norme, tous les festivals européens sont passés à quatre jours, on ne peut plus revenir en arrière – mais cela permet aussi d'optimiser les coûts, de location principalement".


Le site de Carhaix nous a également permis d’intégrer une quatrième scène. Ce qui nous fait un total de 110 slots pour toute la durée du festival. Grâce à cela, on a pu maintenir une programmation très éclectique, mais aussi cela nous a permis d'aller dans plein de styles de musique différents. Artistiquement, c'est super intéressant.

Autre chose, le site de Carhaix est déjà aménagé. Pour un festival de notre taille, ça devient indispensable. Avant de bouger, on avait fait des propositions (de financement) pour aménager l'ancien site du festival. Malheureusement, ce n'était pas l'objectif de la mairie d'aménager le site.


A Carhaix, il y a déjà des infrastructures en dur. Il y a beaucoup plus de réseaux d'eau, il y a beaucoup plus de réseaux électriques... Ça nous coûte bien moins cher et c'est plus facile en terme de temps. On garde le même nombre de personnes embauchées mais cela nous permet de faire les choses plus vite mais surtout mieux, principalement concernant les conditions d’accueil pour les artistes mais aussi pour les salariés et les bénévoles. Dans les infrastructures en dur, on peut installer une trentaine de loges. Il y a une autre salle pour le magasin, pour les salariés, des douches en dur pour les même, les premiers bénévoles ou les premiers salariés qui arrivent sur le site. Ce sont des moyens logistiques très, très importants. Avant, quand on arrivait à Saint-Nolff le premier jour, il n’y avait rien :  une petite pièce pour faire des bureaux, il y a deux toilettes et c'est tout.


Le site de Carhaix accueille, entre autres, les Vieilles Charrues, qui est un festival avec une énormément affluence. J’imagine que vous êtes moins limité en terme de jauge. 

Yann : Pas tout à fait car on fait les choses différemment. Si on voulait faire un évènement de la taille des Vieilles Charrues, ça serait techniquement possible mais ça voudrait mettre les terrains de parking et les campings bien loin. Ca impliquerait également de mettre de grandes distances entre les scènes. Alors que, nous, on préfère garder le site plus compact, plus adapté à la taille du festival, comme on avait à Saint-Nolff. Par exemple une bonne partie du terrain (environ 6/7 hectares) qui correspond au site du festival des Vieilles Charrues est, en fait, notre camping. On est à quatorze mille entrées payantes par soir et ça nous va très bien. 



"On préfère garder l'esprit convivial et qui est apprécié par les gens et on n'a pas pour objectif de grandir. Ce que les gens cherchent chez nous c’est une alternative aux gros festivals et c’est ce qu’on est : Un festival de taille moyenne".



L’édition précédente était la première à Carhaix. Quelques soucis logistiques ont été pointés du doigt (sanitaires, sécurité…). Qu’est-ce que vous avez prévu pour améliorer cela ?

Yann : Le problème avec la partie « Toilettes », c’est qu’on connaissait mal le site. Il y a eu quelques travaux et les plans que nous avions étaient les plans initiaux, prévisionnels.

Or il y a eu quelques différences par rapport aux plan finaux [après réalisation des travaux]. Nous avions prévu une troisième zone de toilettes, qui s’est retrouvée….sur une voie de pompier. On s’en ai rendu compte au moment du montage, 10 jours avant le fest. On a donc dispatché les cabines sur les deux autres zones. Cette année nous avons une meilleure connaissance du site. Le problème sera donc résolu.


Tu parlais tout à l’heure de 110 sets et d’une programmation  éclectique. Il y a quelques années, le direction artistique était plutôt axée sur l’extrême.

Aujourd’hui, j'ai l'impression que le festival s'ouvre à d’autres sous-genres de Metal et parfois même de Hard Rock.

Était-ce une volonté particulière ou est-ce que ça s’est fait naturellement ? Plus largement, comment est-ce que vous créez votre programmation pour chaque édition?

Yann : Dès les premières éditions, on a toujours accueilli d'autres styles que le métal extrême. Sauf qu'avant, la quantité était moindre et, surtout, ce n’était pas des têtes d’affiches, plutôt des groupes émergents. Je suis très éclectique dans les goûts, en musique, et j'écoute beaucoup de rock et beaucoup de métal et au sens très large. Mais il fallait choisir, garder une cohérence dans l’affiche d’une année sur l’autre. Cependant, à partir de 2017, on est passé sur des éditions de 4 jours. Ça nous a permis d’augmenter le diversité sans détériorer le quota de Metal extrême. Mieux encore, en 2022, on a ajouté une quatrième scène, ce qui a monté le nombre de slot à 110. Ça nous a ouvert beaucoup de portes. Déjà car on se sentait plus libres.

Par exemple, on a programmé du "Core" (Cf. vidéo de LANDMVRKS illustrant l'article), qui n’était pas un genre que l’on couvrait habituellement…Si un jour on a l’opportunité de passer un super groupe de Rock, on peut. Mais surtout, ça nous a permis de toucher d’autres niches dans la sphère Metal et donc d’attirer plus de monde. Grâce à cela on a trouvé un meilleur équilibre financier.


"On est passé de 2 à 5 salariés en équivalent temps plein. J’aime la jauge actuelle : on a plus de moyen tout en gardant un esprit convivial".


Quelles seraient les trois têtes d'affiche que tu rêverais de programmer? 

Yann : Euh j'aimerais bien faire Megadeth un jour même si ça frôle l’impossible. Plus ça va, plus ça sera compliqué. Pour nous ça aurait été plus faisable il y a 5 ans qu’aujourd’hui.


Comment le festival est-il financé ? Uniquement grâce à la billeterie et des fonds propres ou reçoit-il des aides et subventions ?

Yann : On  n’a quasiment pas de subvention. Le CNM et le département nous aide une petit peu. On va aussi faire des demandes auprès de la région mais ça ne représente que 2 à 3% du budget. Ce qui n’est déjà pas rien au vu de l’augmentation des coûts d’organisation. Même si on a réussi à les réduire en déménageant, tout augmente, à commencer par les cachets. Certains groupes qui restent sur leur tarifs habituels. C'est d’ailleurs ce qui permet aux festivals de continuer mais il y en a beaucoup qui ont bondit. Par exemple, ceux qui voyagent par avion pour par tourbus. En effet, leur frais ont décollé depuis la crise sanitaire. C’est donc normal que l’on paie plus cher. Mais on a quand même cette épée de Damoclès au-dessus de la tête : du jour au lendemain on peut nous dire « bah pour l'été prochain, ça sera 5 ou 10 fois plus cher », dans ces cas nous seront obligé de refuser. Ce sera difficile de maintenir ce niveau de programmation.


Un débat secoue le monde des festivals : aujourd’hui certains on fait le choix d’utiliser l’IA au lieu d’embaucher des graphistes pour réaliser leur affiches et visuels. Quel est votre point de vue sur le sujet ? 

Yann : Tu sais quoi ? J’ai vu que ça se faisait, il y a peu de temps. Il y a quelques semaines sur Internet. Ce n’est pas ce qu’on a envie de faire. On est très content de bosser avec différents graphistes. Ce ne sont pas tous les ans les mêmes. On alterne C’est vrai que ça a un coût mais on ne regrette pas cet investissement. Par contre je n’ai jamais vu de festival l’utiliser carrément pour leur affiche. Je veux dire, pour faire un poste rapidement sur les réseau sociaux, pourquoi pas ? J’avoue qu’il m’arrive d’utiliser Chat GPT pour écrire un courrier ou un mail [rires]. Ca permet de gagner du temps. L’IA est un outil intéressant mais pas pour tout.


Un autre dilemme auquel les programmateurs de festival sont confrontés : Prenez-vous en compte les dimensions éthiques, lorsque vous programmez des groupes ?

Yann : Déjà, s’il y a condamnation, on ne programme pas les artistes. Mais, s’il n’y en as pas…c’est difficile de pallier à la justice. C’est souvent du cas par cas.


"Je sais qu’on aurait du mal à programmer Lindemann par exemple.  La chance qu’on a c’est que, les groupes que l’on veut faire venir n’ont pas de casseroles".


Enfin, s’ils en ont, on n’en a pas entendu parlé. On ne peut pas être au courant de tout [rires]. Chez nous, ça a toujours été calme dans les loges. Sur la première édition, il y avaient certains groupes qui aimaient inviter des jeunes femmes dans leurs loges, voir qui demandait à être accompagnés à l’hôtel. On a donc affecté des personnes à fort caractère à la sécurité, des personnes qui ne se feront pas avoir par ce genre d’invitations. Même si ça n’était pas mal intentionné, ça restait de la drague et ça n’a rien à faire dans les loges. Heureusement ça ne se fait plus de nos jours et, même si on était confronté à ce genre de demande, la question ne se poserait même pas.


Merci de nous avoir accordé cette interview. Avant de clôturer cette conversation y a-t-il quelque chose que tu voudais ajouter ?

Par exemple, qu’est ce qu’il y aura de nouveau cette année au Motocultor ?

Yann : L’emplacement des scènes sera légèrement différent, histoire d’éviter d’être face aux vents dominants, à la pluie… Il y aura aussi une grande zone de restauration publique. Pour regrouper tous les stands au même endroits. Il y aura également un bar à bières spéciales et un autre dédié aux vins.

Ah oui ! Et, sur les bars principaux du sites, les bières seront toutes bretonnes.. On essaie de satisfaire les goûts de chacun.


Yann : Merci beaucoup pour cette discussion !


Chloé Philippe pour BGP MUSIC LIVE





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