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"136" : premier EP du quatuor OBSYD

il y a 31 minutes
4 min de lecture

02.10.2026

Autoproduction

Death | Sludge | Stoner | Hardcore



Il y a des débuts qui creusent d'emblée assez profond pour que la terre ne se referme plus tout à fait. “136”, premier EP du quatuor Obsyd, né entre Nîmes et Avignon, appartient résolument à cette catégorie.


Deux ans jour pour jour. C'est exactement le temps séparant la première répétition d'Obsyd (le 13 juin 2024) de la sortie du premier single The Ones with the Book. Une coïncidence ? En aucune façon ! Chez un groupe dont les textes habitent la musique autant qu'ils la traversent, rien ne semble jamais tout à fait laissé au hasard.


“136” paru le 02 octobre dernier est un EP de cinq titres, avec sept plages en comptant l'intro et l'outro.26 minutes d'un premier chapitre qui met déjà la barre très haut. Fred (guitare, chant), Phil (guitare lead, chœurs), Seb (basse, chœurs) et Cam (batterie) ont baptisé leur son le Controlled Rot (soit la pourriture maîtrisée). Death,Sludge, Stoner, Hardcore, autant de territoires traversés sans jamais s'y installer, autant de feux croisés qui forment, ensemble, quelque chose qui ressemble moins à une synthèse qu'à une langue propre. Rugueuse, viscérale et suffisamment cohérente pour que l'ensemble ne sonne jamais comme un patchwork d'influences mal digérées. Obsyd évite l'écueil du groupe qui court après un modèle précis. “136” possède déjà suffisamment de caractère pour affirmer son propre territoire.


L’EP s'ouvre sur The Descent, introduction ambiante et sourde, comme une pressionatmosphérique qui change avant l'orage. L'atmosphère se fait pesante dès les premières secondes et cette pesanteur-là n'est pas une posture : elle sert une tension qui ne demande qu'à déborder.


La lourdeur n'est jamais une fin en soi ici, elle est un vecteur. Quand Vulcan's Breath et The Ones with the Book prennent le relais, la charge se libère, jamais d'un coup, mais toujours de manière à laisser l'auditeur dans un état d'incertitude calculée, incapable de prévoir où le prochain coup va tomber.


C'est là l'une des qualités principales de cet EP : les morceaux s'enchaînent sans crier gare et l'auditeur se retrouve plongé dans cette faille, comme Obsyd aime à le répéter, avant même d'avoir eu le temps d'anticiper la chute. Il y a dans cette progression quelque chose de presque fascinante, comme une descente lente et irréversible dans les méandres d'un univers tourmenté, où chaque titre prolonge le précédent comme une phrase qui ne s'achève pas sur un point mais sur une virgule. Rotten To The Core incarne l'énergie la plus tranchante de l'EP, là où l'hardcore vient durcir les contours d'un ensemble déjà bien sombre. Orphans et Life On A Leash creusent quant à eux des territoires plus intimes, alternant la fracture collective et le vertige intérieur. Car si la lourdeur du sludge domine l'architecture d'ensemble, Obsyd sait aussi nous laisser souffler, en filtrant quelques rayons de lumière dans l'obscurité sans jamais trahir la cohérence de ton qui fait la force du projet. Le growl le plus sombre peut basculer vers la mélodie en une fraction de seconde. Cette instabilité maîtrisée tient naturellement l'auditeur en éveil de bout en bout. The Ascent, l'outro, referme l'œuvre avec une logique symétrique : ce qui avait commencé comme une descente s'achève sur une remontée. Non pas vers la lumière, mais vers la surface.



Ce qui distingue véritablement Obsyd d'un grand nombre de groupes émergents dans ces esthétiques, c'est le rapport aux textes. Les mots ne décorent pas la musique, ils l'habitent. “136” est écrit sur la vie et la mort, sur la révolte politique autant qu'intime, sur la lutte contre ses propres démons et contre les nouvelles féodalités d'un monde qui a appris à normaliser ses violences ordinaires. Une écriture qui refuse la résignation sans promettre de rédemption, qui exprime sans concession ce qu'elle a à dire, allant de la fracture générationnelle à la révolte collective.


Mon coup de cœur va à The Ones with the Book. Le titre mérite qu'on s'y arrête. Musicalement, il est immédiatement l'un des plus accrocheurs de l'EP : son refrain s'incruste avec une efficacité redoutable, portée par une voix envoutante qui tranche avec la rugosité ambiante, sans pour autant en trahir l'esprit. Mais c'est sa thématique qui lui confère une dimension particulière : celle du rapport au dogme, à l'emprise des certitudes collectives, au pouvoir de ceux qui détiennent “le livre” et décident de ce qui est vrai. Dans une époque où la manipulation de l'information et le repli identitaire reconfigurent nos sociétés en profondeur, The Ones with the Book résonne avec une acuité troublante. Rarement un titre de cette brutalité sonore aura dit quelque chose d'aussi juste sur le monde dans lequel nous évoluons.


“136” tient déjà plus qu'une promesse. En 26 minutes, Obsyd pose les fondations d'un univers cohérent, sombre et suffisamment habité pour qu'on veuille y retourner juste pour voir jusqu'où la fracture continuera de se creuser.


Ce premier EP laisse derrière lui une musique traversée d'une intensité rare pour un premier né. Dense, exigeant et sacrément habité de bout en bout, “136” mérite, dans un panorama metallique de plus en plus ancré dans ses codes, qu’on s’y attarde. Vraiment.


Marion B.

pour BGP MUSIC LIVE



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