Interview de DELUGE pour la sortie de leur 2e opus


Interview réalisée par téléphone


(Virgile) Bonjour, peux- tu présenter le groupe ?

(FT) Le groupe s’appelle DELUGE. On a travaillé avec les Acteurs de l’ombre pendant quelques années et on a commencé à être actifs en 2015. On a débuté avec une démo qui a été rapidement suivie par un premier album Æther.

On sort le 6 novembre notre 2ème album Ægo Templo chez Metal Blade Records


Comment s'est passé le passage du label Les Acteurs de l’ombre à la signature chez Metal Blade Records?

Tout en souplesse. On a reçu de nombreuses  propositions à la suite des concerts pour la tournée du 1er album. Metal Blade faisait partie du trio de tête au niveau des propositions. À force de discussions et de réflexions, on a naturellement choisi cette option. Ils ont vraiment des ressources stratégiques importantes qui nous permettent de développer le projet là où on veut l'emmener.


J'ai eu l'occasion de vous voir au Rack’am de Brétigny Sur Orge il y a quelque temps. Là j'ai été surpris par le deuxième album car le premier Æther était beaucoup plus monolithique et le chant était moins distinct. Parle-moi de cette évolution au niveau du chant et de l'ensemble vers quelque chose de plus clair et plus aéré.

On voulait vraiment quelque chose de plus lisible et de plus facile à écouter,  plus ouvert avec un panel d'audition plus large.

Le premier album était vraiment très brut, accès sur la mélancolie voire parfois la tristesse et la colère.

Dans ce deuxième album, la mélancolie est toujours présente mais avec un peu plus d'espoir et parfois même des idées joyeuses assez lumineuses. C’est  ce que je voulais faire sur le deuxième  album : ouvrir un peu plus le spectre des émotions, donc : des accords, du chant clair, des claviers et des arrangements qui viennent égayer tout ça.


Comment s'est passé la composition ?

Longue et difficile, je me suis beaucoup fait aider par notre ingé lumière qui est aussi notre producteur.  

Je n’aurais pas été capable de faire cette album seul. Le premier album était beaucoup plus impulsif et l'écriture était plus naturelle.

Pour ce deuxième album, j'ai intellectualisé pas mal de choses et c'était vraiment passionnant de travailler différemment.

C'était aussi très long. On a deux pistes qui étaient complètement écrites à l’été 2017 juste après nos derniers concerts et on n’a terminé qu’en novembre 2019.

C’était totalement volontaire de commencer si tard par rapport au premier album. Je ne voulais pas faire un Æther numéro 2. Je voulais faire quelque chose d'autre et attendre d'avoir d'autres choses a raconté ce qui est le cas sur Ægo Templo.


Parle-moi des choix au niveau du chant et sur cet album qui propose plus de musique en retrait des accords.

Oui, ça participe à l'ouverture du spectre. Je ne dis pas que le premier album était plus sombre ou plus dissonant. On a toujours des accords entiers, c'est simplement encore plus ouvert sur ce deuxième album notamment. Il y a des choses plus construites avec des arrangements qui sont plus présents.


Comment s'est passé le mix et le mastering pour cet album ?

Autant la composition a été épuisante autant le mix et le mastering ont été des étapes très agréables. On a fait les batteries dans le studio d’Amaury Sauvé. Ça a été un super moment. Thibault Chaumont, qui nous a fait le mix et le master, était aussi là pendant l'enregistrement des batteries.

Ces deux personnes talentueuses collaborent sur nos productions depuis longtemps, mais c’est là première fois qu'ils venaient réaliser ensemble et qu'ils co-produisaient un album.

Ça c'est fait naturellement car je les connais depuis assez longtemps, et ça correspondait à ce que je voulais comme son sur l'album en terme de production.

La fin de l'album s'est faite un peu moins naturellement car on a tous été un peu confinés.  J'avais prévu, à la base, de passer une bonne semaine de mix et de master chez Thibault, ce qui a pas pu se faire. On a donc passé des nuits entières sur Skype à s'envoyer des fichiers et à bosser sur le master, ce qui n’était pas le plus sympa.

Au final, on est super fiers du résultat.  


D'où vient ce choix d'aller vers quelque chose de plus lisible et de plus clair sur le chant ?

C'est quelque chose qui s’est imposé, autre chose à raconter. Quand je compose, je compose toujours à la 3ème personne. On est tous influencés sauf si on est sur une île déserte, qu'on y reste 20 ans et qu'on nous parachute une guitare. On est tous influencés par ce qu'on a écouté.

J'essaie vraiment de créer quelque chose que je n'écouterais pas ailleurs et l'idée sur ce 2ème album c'était d'aller plus loin dans cette dynamique-là.

Je ne vais pas dire qu'il n’y a pas de groupes de black ou de musique extrême avec du chant clair. Ce serait mentir. Mais la manière dont on l’a fait, je pense, que je l'ai jamais entendue. Ça s'intègre dans une démarche globale d'aller plus loin sur ce 2ème album.


Comment est arrivé, l’invité de prestige, Tetsuya Fukagawa de ENVY sur le titre Gloire Au Silence ?

Ça s'est imposé naturellement. La fin de cette piste Gloire Au Silence est super lumineuse et a un côté très screamo.

Naturellement, on s'est dit pourquoi pas, ça serait magnifique d'avoir un chanteur de ce style. J’avais rencontré Tetsuya Fukagawa lors d’un festival il y a quelques années. On avait parlé 5 minutes et on est restés en contact sur les réseaux sociaux. Et ça s'est fait. Je lui ai envoyé la piste, je lui en ai parlé et il a été super emballé. Il a vraiment donné de sa personne. Je ne pensais pas qu'il proposerait quelque chose d'aussi osé. C’est vraiment super, on est très fiers du résultat.


De quoi parle ce titre ?

Tu liras les paroles et tu te feras ta propre idée. Mais Gloire Au Silence comme tous les textes de Déluge sont métaphoriques. On a un symbolisme qui lie la musique, les paroles et l'imagerie. Pour les paroles, chacun en fait son interprétation. Ça on veut le conserver. On dit des choses assez larges et on n’aime pas trop s’expliquer sur l'œuvre, sur les textes. Le silence on devrait tous y avoir droit.

Ça fait partie des thèmes abordés et je te laisserai lire les paroles.


Quel est ton titre préféré de l'album ?

Excellente question. Je me le suis écouté en entier dans le train ce matin pour venir à Paris. C’est un album que j'aime beaucoup car il est très complet. Je l'ai réfléchi notamment sur la tracklist pour que ça raconte quelque chose et qu'on ait envie d'aller au bout et envie d'y revenir et c'est tout à fait ce que ça me fait. J’aime beaucoup Ægo Templo c'est une piste que je trouve très forte avec beaucoup d'émotion.

Abysses aussi c'est un peu l'outsider car pour chaque piste il y a beaucoup de relief.

Béryl j'ai beaucoup de mal à l'écouter car c'est une piste vraiment très très sombre. Je dirais que l'album est complet mais ça dépend de l'humeur. Il n'y a aucune piste que je trouve en retrait.


Dans Déluge vous tournez toujours autour de la thématique de l'eau mais à la fois aussi du déluge d'émotions.

Absolument, c'est ça, Le nom Déluge est venu naturellement. J’ai commencé à composer et je pensais que la démo était entièrement terminée et peut être même un bout du premier album. Puis, en en parlant avec Maxime, entre autres, j'y ai vu vraiment un Déluge de basses, de guitares, un Déluge d'émotions, un Déluge d'intensité dans le chant. C'est venu comme ça et on peut utiliser les différents états de l'eau pour retranscrire différentes émotions.


Ça se retrouve aussi dans les thématiques de cet album.

Effectivement, après ce ne sont pas des concepts d'album. Ça fait partie de la thématique effectivement. Avec les thématiques supplémentaires de l'eau, de la construction de soi. Comme Ægo Templo veut dire “je suis le temple”, il y a aussi un paradoxe avec le temple de l'ego, Il y a d'autres thématiques, mais l'eau est encore plus présente.


Que voulais tu raconter avec la cover de l'album ?

Val Noir voulait maintenir cette imagerie forte qu'il a créée depuis le 1er album. Moi, j'avais d'autres idées : le symbole de la colonne brisée est quelque chose d'assez fort. Pendant la composition, je suis tombé sur une œuvre de Frida Kahlo où on la voit représentée avec une colonne brisée. J’ai trouvé ça très fort de sens.

Pour moi, cela symbolise le travail sur soi, la reconstruction, la construction de soi et je laisserai le public faire son idée sur notre symbolique. C'est tout ce que peut dire. Il faut creuser à la fois le temple du “je”, je suis “le temple”, le temple de “l'ego”.

On voit la balance entre le bien et le mal. Il faut être égoïste mais pas égocentrique. Il faut penser à soi, il faut toujours être meilleur sans non plus sombrer dans l'égocentrisme. Ça fait partie des axes principaux abordés dans l'album.


Du coup, ça vous allé changer la scénographie pour le live ? Avant vous étiez dans une atmosphère bleue et on vous distinguait peu, vous allez changer ça ?

On est en train de travailler sur la scénographie. On a une tournée prévue normalement début décembre. On y croit tous très fort. On sera en résidence la semaine prochaine pour construire notre nouvelle scénographie. Il y aura quelque chose d'abouti c'est certain. On va travailler sur quelque chose de plus théâtral. L'expérience live est une partie intégrante de Déluge. La tournée avec Igorrr est toujours sur les rails.


Certains de Déluge sont touchés personnellement et professionnellement par ce qui se passe actuellement, je pense à Ritch qui tient un bar.

Tout le monde est touché pour le coup, toute la France. Personne n’y échappe. Tous les gars de Déluge sont touchés aussi. Je pense à tous nos copains. Nous, on ne dépend pas financièrement de Déluge. On a cette chance-là. Les intermittents pour le moment ont encore quelques crédits d'avance mais ça ne va non plus être tout rose l'année prochaine. Je pense surtout aux auto-entrepreneurs du milieu du spectacle. Ils n’ont plus aucune rentrée d'argent depuis février sauf s'il font du studio, un peu de mix ou un peu de master.

Ce sont des personnes qui peuvent faire 200 à 250 concerts dans l'année et qui se retrouvent avec rien du tout. Il va falloir que ça change assez rapidement. Ça sera pire qu'une année blanche pour eux. Ça sera une année noire. Ce n’est pas possible que ça continue comme ça.


Où peut-on précommander l'album, le vinyl ?

Sur le portail de Metal Blade. Il y a des distributeurs pour toutes les régions, Europe, Angleterre, États-Unis et à partir du 6 novembre dans tous les réseaux de distribution.


Vu que Metal Blade est un label Américain, allez-vous faire une tournée aux États-Unis plus tard, quand la situation sera débloquée ?

On va faire tout ce qu'on peut. Effectivement, ça fait partie des projets d'autant qu'on a pas mal d'auditeurs là-bas. On commence à le découvrir. On a récupéré toutes nos statistiques Spotify, Deezer etc. Pour le coup, il y a de la demande là-bas. D’autant, qu'au niveau des musiques un peu extrêmes issues du black Metal, je ne vais pas dire qu'ils ont du retard. Il y a de très bonnes choses. On propose quelque chose en France qui a pas mal d'avance qui va dans une direction avec une patte très forte et criante. On aimerait aussi beaucoup aller au Japon et faire de belles tournées en Europe et continuer à bien tourner en France aussi. On veut vraiment faire le maximum.


Je te laisse le mot de la fin pour l'interview ?

On espère tous que la situation se décante très rapidement et que l'on puisse revenir à quelque chose d'un peu plus normal. Produire un album en 2020, c'était déjà suffisamment compliqué, avant le confinement, donc on espère que tout soit rentré dans l'ordre pour que l'on puisse tous se revoir sur scène, sur la route.


Merci à toi !

Virgile pour BGP MUSIC LIVE