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Le Metal Kombat : un tremplin essentiel pour la scène metal émergente



À l'heure où la scène metal, et plus particulièrement sa frange émergente, peine à trouver des espaces de visibilité, certaines initiatives jouent un rôle devenu absolument crucial. La quatrième édition du Metal Kombat s'inscrit pleinement dans cette dynamique, en proposant bien plus qu'une simple compétition : un véritable outil de mise en lumière pour les groupes en développement.



Un constat partagé, une réponse concrète Le constat est connu de tous les acteurs du milieu : les groupes émergents évoluent aujourd'hui dans un environnement saturé, où il devient de plus en plus difficile de se démarquer. Manque de relais médiatiques, accès limité aux scènes, concurrence accrue face à une production musicale pléthorique... autant de freins qui compliquent leur développement et ralentissent des carrières pourtant prometteuses. C'est dans ce contexte que Junky May a lancé le Metal Kombat en 2023.


L'idée ? Simple, efficace, et radicalement ancrée dans la réalité du milieu : offrir une plateforme de diffusion gratuite sur Twitch, où des groupes francophones ayant sorti un EP ou un album au cours de l'année écoulée s'affrontent devant un jury et une communauté de fans. Pas de frais d'inscription, pas de barrières à l'entrée, juste de la musique, de la passion et des oreilles attentives. La formule, rodée au fil des éditions, est aujourd'hui bien huilée : les groupes sont répartis en pools, notés par un jury paritaire composé de musiciens, journalistes et techniciens du monde metal, mais aussi par le public en direct via le chat. Les meilleurs de chaque pool progressent, jusqu'à une grande finale — désormais organisée à L’Empreinte — qui vient couronner le parcours.


Quatre éditions, une montée en puissance Metal Kombat I & II : poser les fondations (2023-2024) Les deux premières éditions du Metal Kombat ont servi à poser les bases du projet. Dès ses débuts sur la chaîne Twitch de Junky May, le tremplin a su réunir une communauté de curieux animée par des valeurs de bienveillance et de partage, peu communes dans un milieu parfois perçu comme fermé.


La deuxième édition, en 2024, a franchi un cap supplémentaire en termes de portée géographique : avec une cinquantaine de groupes participants et une représentation internationale incluant notamment des formations suisses, le Metal Kombat confirmait son statut de rendez-vous francophone de référence pour la scène émergente.


Ben T., Charitable Metal Fest (BGP Music) / Yoann M., Fertois Metal Fest / Elodie MK
Ben T., Charitable Metal Fest (BGP Music) / Yoann M., Fertois Metal Fest / Elodie MK

Metal Kombat III : l'édition de la nouveauté (2025)

La troisième édition est sans doute celle qui a le mieux illustré la puissance du dispositif. Avec 72 groupes inscrits, 32 sélectionnés et 52 000 spectateurs cumulés en direct sur Twitch au fil des semaines, le Metal Kombat III a atteint une dimension inédite. La finale, organisée le 15 mars 2025 à La Camillienne dans le 12ème arrondissement de Paris, a réuni trois finalistes aux univers radicalement différents mais tous d'une qualité remarquable : Septaria, Gargantura et Sat One. Ce soir-là, c'est Septaria — quatuor originaire de Pertuis, dans le sud-est de la France — qui a remporté le titre. Un groupe de metal progressif et post-metal aux influences tentaculaires (Gojira, Meshuggah, Tool, Muse), dont le premier album A* venait tout juste de sortir à l'automne 2024 via le label Klonosphere. Au moment de leur victoire, ils affichaient à peine un millier de followers sur les réseaux sociaux. Quelques mois plus tard, leur trajectoire allait donner une leçon de réalité à tous les sceptiques.


Metal Kombat IV : l'arène s'agrandit (2026)

La quatrième édition a continué sur cette lancée, en franchissant une nouvelle étape symbolique. Pour la grande finale du 21 mars 2026, c'est la mythique salle de l'Empreinte à Savigny-le-Temple qui a ouvert ses portes aux quatre finalistes sélectionnés lors des demi-finales : Faith In Agony, Holy Fallout, KamiKrazy et Hope As A Weapon. Un choix de lieu qui n'a rien d'anodin : programmer la finale du Metal Kombat dans une SMAC reconnue, c'est ancrer définitivement le tremplin dans le paysage professionnel des musiques actuelles. Bien au-delà d'un classement Réduire le Metal Kombat à un simple classement serait pourtant passer à côté de l'essentiel. Ce qui fait la force du dispositif, c'est son impact concret sur les parcours des groupes — et ce, quel que soit leur résultat final dans la compétition.


Elodie DEL, co-animatrice du Metal Kombat et Stephane LABAS, directeur de l'Empreinte de Savigny
Elodie DEL, co-animatrice du Metal Kombat et Stephane LABAS, directeur de l'Empreinte de Savigny

L'exemple le plus frappant reste celui de Septaria. Vainqueurs du Metal Kombat III, les Provençaux ont enchaîné les étapes à une cadence qui dépasse de loin ce qu'un groupe de leur stade de développement aurait pu espérer. Dans les semaines suivant leur victoire, ils ont entamé une tournée auto-organisée à travers la France : ils foulent la scène du Mennecy Metal Fest, festival réputé de la région parisienne, où ils partagent l'affiche avec Loudblast, Dagoba, Mass Hysteria ou encore Blind Guardian, mais aussi la Hell Stage du Hellfest, à Clisson. Le groupe lui-même peine encore à réaliser. Comme l'explique le batteur Hugo Leydet dans une interview accordée à Daily Rock juste après : « Tu sais qu'on ne réalise pas encore ? C'est comme si notre cerveau n'avait pas encore assimilé l'info...


"Maman, je joue au Hellfest !"

La trajectoire de Septaria en quelques mois illustre parfaitement ce que peut déclencher une victoire au Metal Kombat : une visibilité accrue, des connexions avec des programmateurs, des propositions de festivals, et une légitimité artistique immédiate.


Mais la dynamique ne s'arrête pas aux vainqueurs. Sat One, finalistes du Metal Kombat III, ont eux aussi capitalisé sur leur passage dans le tremplin. Le groupe de Roanne — spécialisé dans un mélange de post et prog metal aux thématiques cosmiques et introspectives — a multiplié les dates aux côtés de Septaria lors de la tournée printanière 2025, tout en étant programmé au Charitable Metal Fest en novembre de la même année.


Leur témoignage sur le site du Metal Kombat IV résume bien cette réalité

« Ça a été un réel déclencheur d'événements pour nous, qui nous a permis de tisser des liens très forts entre groupes. Présenter notre projet à des organisateurs et à une communauté s'étendant sur tout le pays nous a énormément apporté. »

Quant à Gargantura (devenu SILTH), troisième finaliste de cette édition 2025, leur regard sur l'expérience dit tout du rôle de mise en réseau que joue le Metal Kombat : « Le MK est un concours musical enrichissant, révélant de nombreux talents. Plus qu'une compétition, il met en avant le partage, souligne le rôle des médias et rappelle que le monde de la musique est plus petit qu'on ne le pense. » Les programmateurs ne s'y trompent pas : en identifiant le Metal Kombat comme vivier de talents déjà aguerris, capables de défendre efficacement leur projet sur scène, ils envoient un signal fort à l'ensemble de l'écosystème. Participer au tremplin, c'est s'inscrire dans un circuit professionnel où l'on est vu, entendu et potentiellement programmé.


Au-delà de la performance artistique, le Metal Kombat joue un rôle fondamental de mise en réseau. Il rassemble artistes, médias, structures et passionnés autour d'un même objectif : faire avancer la scène. Dans un milieu où les opportunités reposent souvent sur les rencontres et les recommandations, cette capacité à créer du lien est déterminante.


Un réseau engagé avec les fondateurs du Autfest, Lez art Aki, Fertois Metal Fest, Charitable metal Fest, avec les SMAC Le Plan Ris Orangis & L'Empreinte de Savigny le Temple
Un réseau engagé avec les fondateurs du Autfest, Lez art Aki, Fertois Metal Fest, Charitable metal Fest, avec les SMAC Le Plan Ris Orangis & L'Empreinte de Savigny le Temple

Fondateur du projet, l'organisateur de Junky May l'explicite clairement dans une interview accordée à la Fédération des Musiques Métalliques (FMM) : « Il y a certains groupes que je découvre grâce au tremplin et que j'ai moi-même envie de programmer maintenant. Je ne peux pas quantifier si d'autres acteurs de la scène suivent les émissions, mais c'est ce qu'on cherche à développer. » Et d'évoquer un projet ambitieux pour l'avenir : transformer les douze groupes des demi-finales en festival live de deux jours. Les lots offerts aux finalistes illustrent également cette dimension d'accompagnement professionnel : programmations dans des festivals partenaires (AütFëst, In Your Fest, We Metal Fest, Mennecy Metal Fest...), mixages de prochains titres, tournage de clips professionnels, sessions photos, coaching en communication et en performance scénique. Des ressources concrètes, directement actionnables, qui permettent aux groupes de franchir des étapes qu'ils n'auraient pu passer seuls.


52 000 spectateurs et une portée bien réelle Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La seule troisième édition du Metal Kombat a cumulé 52 000 spectateurs en direct sur Twitch. Chaque dimanche de compétition, une communauté s'agrège autour des émissions, commente, vote, découvre. Ce public — réparti sur l'ensemble du territoire francophone — constitue précisément le type de relais médiatique dont manquent cruellement les groupes émergents. Un groupe de Besançon, de Roanne ou de Pertuis peut, le temps d'une diffusion, toucher des fans à Lille, Bordeaux ou Bruxelles. C'est une rupture de logique géographique que peu de dispositifs parviennent à opérer aussi simplement.


Un révélateur, pas un simple tremplin

La quatrième édition du Metal Kombat confirme l'importance de ce type d'initiative. Elle rappelle une réalité essentielle : la scène metal ne manque pas de talents, mais elle a besoin de dispositifs pour les rendre visibles et les accompagner. En offrant un espace d'expression gratuit et accessible, en facilitant les connexions entre acteurs du milieu, en créant des opportunités concrètes de scène et de développement artistique, le Metal Kombat s'impose comme un acteur structurant de l'écosystème metal francophone actuel.


Plus qu'un tremplin, le MK révèle des groupes que personne ne connaissait mais aussi la capacité de la communauté metal à se fédérer autour de valeurs communes. Il révèle que l'émergence n'a pas besoin d'un budget colossal pour prendre forme — juste d'une volonté, d'une plateforme, et de l'envie de tendre un micro à ceux qui méritent d'être entendus. Et dans le contexte actuel, ce rôle n'a jamais été aussi crucial.


Marion

pour BGP MUSIC LIVE


Article rédigé par Marion Boesch

Photos : David (Slaveofpaint)





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